Les fonctions de l'intellect. À propos, derechef, du Nous d'Anaxagore

André LAKS

Résumé

Si l'on peut considérer que la naissance d'une « philosophie de l'Esprit » date d'Anaxagore, en raison du rôle qu'il attribue à l'Intellect (Nous) dans son système, l'interprétation de ce que cet intellect représente philosophiquement reste débattue. L'Antiquité, depuis Platon, voyait une contradiction entre la dimension téléologique de l'Intellect et l'organisation « mécanique » du cosmos d'Anaxagore ; les études plus récentes situent la tension à l'intérieur de l'Intellect lui-même, entre sa dimension intentionnelle d'une part et sa fonction cinétique de l'autre. Revenant sur une thèse avancée en 1993 à la lumière d'objections qui lui ont été faites, le présent article réfléchit sur les implications du fait que l'opération de « séparation »/diakrisis qu'entreprend l'intellect sur le plan cosmogonique peut et doit être lue comme la métaphore de l'acte cognitif lui-même, qui n'identifie ce qui est qu'en le séparant de ce qu'il n'est pas (krisis): la séparation, non l'ordre de l'univers, est le but ultime de l'intellect d'Anaxagore. Mais s'il est vrai que celle-ci est en fait impossible, en vertu du principe selon lequel « toute chose contient une part d'autre chose », le système d'Anaxagore se révèle comme une réflexion, sans doute la première du genre, sur la distance qui sépare la théorie de la pratique, l'esprit de son objectivation. La seconde partie de l'article est consacrée à éclaircir, à la lumière de cette problématique, quelques passages de la doxographie ancienne relative au Nous d'Anaxagore.

Mots Clefs: Intellect, Esprit, téléologie, séparation, théorie, pratique, doxographie.

 

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