Portraits du dégénéré en fou, en primitif, en enfant et finalement en artiste
Stéphane LEGRAND
(stp.legrand@libertysurf.fr)
Résumé
Cet article traite du concept de « dégénérescence », importé dans la psychiatrie française par Benedict-Auguste Morel dans les années 1850, et largement diffusé par la suite, dans ce champ ainsi que dans celui de la criminologie. On tente danalyser la reconfiguration quimpose ce concept au savoir psychiatrique en dégageant la manière dont il permet dintégrer en un ensemble cohérent plusieurs modèles théoriques : un paradigme neurologique, une théorie de lautomatisme morbide, un certain évolutionnisme. Sur ces bases, on essaie détablir les similitudes de fonds existant entre les conceptions psychiatrique et criminologique de la dégénérescence, en montrant quelles mobilisent le même réseau « structurant » danalogies entre les figures de lanormal (le fou, le sauvage, lenfant, la femme, lanimal) ; et lon sefforce de montrer que ces théories promeuvent une logique dans laquelle les infractions aux différents types de normes (biologiques, sociales, morales, juridiques, psychologiques, économiques) sont susceptibles de faire systématiquement référence les unes aux autres, de se traduire les unes dans les autres. Puis lon caractérise les transformations que ce nouveau paradigme impose aux principes de la thérapeutique, de la pédagogie et de la prise en charge des malades mentaux et des déviants. Pour finir, on présente les éléments latents qui dans ce paradigme préparent et indiquent déjà sa remise en cause et son renversement à venir.
Mots clés : adaptation, atavisme, automatisme, dégénérescence, éducation, évolution, folie, hérédité, infantilisme, instinct, norme, obéissance, population, progénérescence, réflexe, stigmate, symptôme, transgression, volonté.